Bizitegia Pantin : grâce au bail réel solidaire, elle achète sa maison à un prix défiant toute concurrence

5 août 2020

11 appartements et trois maisons de ville ont été commercialisés dans le cadre de ce programme, inédit en Seine-Saint-Denis et très encadré.

Objectif : limiter la spéculation et permettre à des locataires de devenir propriétaires.

Un article paru le 5 juillet 2020 sur le site d’information Le Parisien.

 

Audrey Thiery le dit haut et fort. Elle « vit un rêve ». Cette mère de famille de 46 ans, vient d’acquérir un nouveau logement de 68 m² doté d’un jardin d’environ 40 m² et de quatre pièces pour la somme de 271 000 euros. Le prix de cette maison en cours de construction, située à quelques pas de la station de métro Eglise-de-Pantin et du canal de l’Ourcq, étonne. Dans ce quartier, considéré comme le « triangle d’or » de Pantin, le prix des maisons de taille et de prestations similaires atteint presque le double.

Audrey n’est pourtant pas une chasseuse d’appartement qui aurait déniché pour son propre compte l’affaire du siècle. Cette intermittente du spectacle, qui vit déjà dans la même rue à Pantin, bénéficie en fait d’un programme en « bail réel et solidaire » (BRS), un dispositif rendu possible par la loi Alur de 2014. Une première en Seine-Saint-Denis et à Pantin, où un appartement témoin était présenté ce vendredi.

La formule permet, sous conditions de ressources — celles des logements sociaux — de bénéficier de prix sans comparaison avec le marché immobilier classique. Situé dans la rue Lakanal, le programme de 11 logements dont 8 entièrement rénovés et trois maisons de ville a été rendu possible car la coopérative Les Habitations populaires, l’un des offices fonciers solidaires (OFS), qui viennent de naître pour mettre en place ce type de projets, a pu racheter une ancienne gendarmerie appartenant au conseil départemental à un prix défiant la concurrence : environ 10 % sous celui des Domaines.

« Nous voulions permettre à des familles aux revenus modestes d’accéder à la propriété à un moment où on fait face à une envolée du prix de l’immobilier et à un désir d’acquisition », explique Stéphane Troussel, le président (PS) du conseil départemental.

 

A Pantin, rue des Berges, l’une des rues voisines de la rue Lakanal, un T3 de 60 m2 vient de se négocier 435 000 euros. Dans le programme de la rue Lakanal, un T3 de 57 m² coûte… entre 183 et 189 000 euros.

Bientôt un autre projet à Rosny-sous-Bois

Pour bénéficier de ces tarifs attractifs Audrey et ses futurs voisins ne seront propriétaires que de la partie bâtie, pas du foncier, qui reste propriété de l’office. Et devront respecter certaines règles, par exemple s’acquitter d’une redevance de 160 euros par mois pour la location du foncier. En contrepartie, les charges seront très basses. Impossible aussi de louer leur bien et de spéculer : le prix de revente est indexé sur l’indice du coût de la construction, soit environ 2 % par an. Impossible aussi de léguer son logement à ses enfants, sauf si le profil de ceux-ci correspond aux règles en vigueur. Si ce n’est pas le cas, les héritiers des propriétaires devront revendre le bien à l’office.

Pas de quoi refroidir Audrey, qui « ne s’imaginait pas devenir propriétaire », faute de moyens suffisants. Et qui se réjouit surtout que ses deux adolescents puissent rester dans la ville où ils sont scolarisés et « avoir leur propre chambre » sourit-elle. Ne pas posséder le terrain ? « L’idée, c’était d’investir dans la pierre, pas autre chose ». L’impossibilité de spéculer ? « J’aime le principe de transmettre aux mêmes conditions le logement, si je pars un jour ».